LE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS POUR DE MEILLEURES FACULTÉS DE NÉGOCIATION : UNE SOLUTION INSPIRANTE VENANT D’AFRIQUE
08 Apr 2015
Article

Plus de 100 professionnels et parties prenantes des aires protégées, originaires de 18 pays d’Afrique orientale et australe, ont été formés à la négociation lors de 4 sessions de formation organisées par le BIOPAMA et la Fondation pour le Défi de la durabilité (Sustainability Challenge Foundation) au cours des 6 derniers mois. Les participants ont ensuite appliqué leurs nouvelles compétences dans leur travail quotidien, contribuant ainsi à une meilleure gestion des conflits relatifs aux aires protégées.

Pourquoi se focaliser sur la formation à la négociation pour les aires protégées ? Les conflits sur les ressources et les terres sont de plus en plus fréquents dans le monde, et les aires protégées sont souvent au cœur de ce conflit. Les gouvernements ont reconnu que les aires protégées sont l’une des meilleures solutions pour conserver la nature, et ont fourni une base juridique pour leur préservation. Cependant, la dépendance économique des humains envers les ressources naturelles des aires protégées, qui remonte à la nuit des temps, est à la base des conflits, et le personnel des aires protégées se trouve donc entre deux feux – en étant tout à la fois parties prenantes, médiateurs ou même facilitateurs dans ces conflits. Le Programme BIOPAMA en Afrique orientale et australe, par le biais de son programme de renforcement des capacités, veut équiper les professionnels des aires protégées de compétences pour pouvoir gérer ces conflits sur les terres et les ressources autour des aires protégées, et donc améliorer l’efficacité de la gestion des aires protégées. 

En octobre 2014 et février 2015, 63 parties prenantes des aires protégées ont été formées à l’application de l’Approche des gains mutuels dans les négociations. Une courte formation s’est tenue sur place à Goba, Éthiopie, en septembre 2014, pour 19 parties prenantes des aires protégées autour du Parc national des montagnes de Balé, afin de fournir les compétences pour mieux s’impliquer dans les conflits sur les terres et les ressources et soutenir un dialogue constructif avec les communautés autour du Parc. En février 2015, 20 conférenciers senior et le personnel des aires protégées de 6 institutions régionales de formation ont dispensé une formation d’une semaine, pour apprendre comment enseigner l’Approche des gains mutuels dans la négociation, dans un contexte de gestion des ressources naturelles, et comment intégrer les éléments de l’Approche des gains mutuels dans les programmes de formation à destination du personnel des aires protégées. 

D’après les premiers commentaires des participants, les compétences acquises lors de la formation ont déjà été appliquées sur le lieu de travail. Un participant a indiqué que le modèle de l’Approche des gains mutuels a permis aux communautés avec lesquelles il travaille d’être plus ouvertes sur leurs accords mutuels et a donné comme preuve le nombre de rapports établis par les communautés sur les activités illégales comme le braconnage, et les notifications sur les animaux sauvages échappés du Parc – alors qu’autrefois, les habitants auraient organisé une battue et chassé cet animal pour le manger. 

Les commentaires de Madagascar illustrent l’utilisation réussie de l’Approche des gains mutuels et de la recherche de consensus : deux ministres sont parvenus à un consensus et ont pu organiser un événement commun. Au Rwanda, la formation a été utilisée pour résoudre un problème du passage illégal de bétail dans le Parc national Nyungwe. La méthode utilisée a été l’évaluation rapide et l’identification des parties prenantes. L’application de l’Approche des gains mutuels a abouti à un accord sur les gains mutuels. 

L’Approche des gains mutuels a été utilisée en Ouganda pour créer une zone à usage multiple dans la Réserve de vie sauvage de Pian Upe, afin d’empêcher les communautés locales d’empiéter davantage sur la Réserve. En Ouganda, l’approche a également été utilisée pour intégrer le pâturage contrôlé dans la Réserve, en utilisant les zones et en autorisant l’accès des communautés aux zones de pâturage et à l’eau de la réserve pendant les saisons sèches. 

Un participant du Kenya a utilisé l’Approche des gains mutuels et la recherche de consensus avec succès, pour résoudre le problème de la destruction rampante des mangroves du fait de l’exploitation illégale du bois par l’industrie, dans l’estuaire de la rivière Funzi Bay Ramisi, comté de Kwale. La recherche de consensus a été utilisée lors d’une réunion des utilisateurs des ressources, qui voulaient déclassifier une zone du parc que les Services de la vie sauvage au Kenya n’utilisaient pas, et que les utilisateurs voulaient utiliser pour la pêche. Les principales parties prenantes de ce conflit, les Services de la vie sauvage au Kenya et les pêcheurs, se sont finalement mis d’accord sur un processus pour résoudre le problème. Le dialogue a ainsi progressé substantiellement. 

Non seulement les participants à cette formation utilisent les connaissances acquises, mais ils vont même plus loin, et prévoient de transmettre les connaissances et compétences acquises à d’autres. Ainsi, un participant des Services de la vie sauvage au Kenya (KWS) a organisé un programme d’un jour pour former un groupe de responsables sur le terrain sur l’Approche des gains mutuels et la recherche de consensus le 17 mars 2015, à l’institut de formation du KWS. 

Au Rwanda, l’opportunité de former d’autres professionnels des aires protégées est également apparue lors d’une formation liée à la gestion des conflits entre la vie sauvage et les humains. Cette formation était organisée au Rwanda, à l’université Kitabi de gestion de la conservation et de l’environnement, avec le soutien financier de l’Agence allemande GIZ, en décembre 2014. Les participants provenaient de plusieurs aires protégées bien établies au Rwanda, et d’autres récemment créées. On espère que cette expérience partagée contribuera à améliorer la durabilité des aires protégées au Rwanda, en garantissant une gestion harmonieuse des aires protégées tout en respectant les avantages pour la communauté et la conservation du Parc. 

« Si la majorité des participants à la formation sur l’Approche des gains mutuels et la recherche de consensus continuent à appliquer leurs nouvelles compétences acquises dans leur travail pour résoudre les conflits autour des aires protégées, et prennent l’initiative pour former d’autres collègues, comme cela s’est vu au Rwanda et au Kenya, alors nous pourrons réellement éviter des conflits et empêcher des conflits potentiels, pour le plus grand bénéfice de la conservation de la biodiversité » conclut Mme Christine Mentzel, Coordinatrice régionale BIOPAMA pour l’Afrique orientale et australe.

Share