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SUCCESS STORY

WESTERN & CENTRAL AFRICA

Léonidas Nzigiyimpa, 56 ans, forestier de carrière avec une formation sur le développement durable, travaille depuis 20 ans à l’office Burundais pour la Protection de l’Environnement, dans le secteur de la conservation de la nature et de la gestion des aires protégées.

Depuis 10 ans Léonidas s´occupe d´un complexe de 5 aires protégées dans la région Sud du Burundi. Dans le quotidien, avec ses collaborateurs et ecogardes, il organise des patrouilles, des activités d’ aménagement et démarcation des limites des aires protégées, mais  aussi des sessions d’éducation environnementale. « Je passe beaucoup de temps sur le terrain pour faire plusieurs rencontres avec la communauté afin de la sensibiliser sur l’importance de la conservation et la possibilité de faire des activités génératrices de revenu en faveur de ces communautés, telles que l’élevage de gros et petit bétail et la promotion de l’écotourisme basé sur les Chimpanzés, ou bien l’agrotourisme basé sur la valorisation des produits du terroir comme le café».

Selon lui, c’est un travail très éprouvant, plus spécifiquement dans le contexte du Burundi, où il y a un phénomène d´explosion démographique et de pauvreté avec plus de 90% des burundais dépendant des ressources naturelles pour vivre, ce qui crée des conflits entre les services de conservation et la population.

Animé d’une réelle volonté de changement, il a piloté une initiative pour soutenir l’autonomisation des communautés Batwa voisines de la réserve forestière de Bururi. Une action déterminante qui vient de lui valoir le prix National Geographic/Buffett 2018 du « Leadership pour la conservation de la nature ».

Leonidas receives the National Geographic award 2018

Léonidas raconte qu´il a impliqué la communauté de Batwa dans l’aménagement de cette petite reserve de 3300 ha pendant une année (Mars 2017 et Février 2018). Elle était engagée dans les différentes activités de matérialisation des limites, de protection de la réserve et d’ouverture du sentier touristique. Un total de 53 adultes a été engagé dans ces activités et chacun recevait un salaire qui a été divisé par deux: une partie a été destinée à des frais de survie et l’autre a été épargné sur un compte commun ouvert dans une banque de la place. « L’initiative a touché 28 ménages comptant environ 150 personnes. Au bout d’une année, cette communauté a pu épargner  un total de 12000 dollars. Ce montant a servi à l’achat de  3 hectares de terre. On peut dire que leur condition de vie a changé. Ces 28 ménages ont pu se construire des maisons plus ou moins décentes faites de briques et couvertes de tôles. Actuellement, ces batwa vivent sur leur terre et ont des maisons comme d’autres composantes burundaises et du coup ils ont pu bénéficier d’autres activités génératrices de revenu comme l’élevage de chèvres pour avoir du fumier.»

Léonidas est aussi reconnu comme un leader parmi ses collègues conservateurs et les autorités gouvernementales de son pays. Il a participé à un processus de formation mis en oeuvre par le programme BIOPAMA, au cours duquel il a eu l'occasion d´explorer l'outil IMET et de devenir un coach, ce qui lui a permis de faciliter l’application de l’outil dans l´ensemble des aires protégées du Burundi, la première initiative à cette échelle dans tout le continent africain.

Leonidas at BIOPAMA workshop 2018

En tant que coach, Léonidas a fait le tour de son pays, en passant dans les 14 aires protégées, pour collecter des données à partir de l’utilisation de l’outil IMET. Il dit que « le coach n’est pas là pour donner des leçons, mais plutôt pour montrer au gestionnaire comment utiliser l’outil IMET pour faire son travail, pour se mettre dans la bonne voie, collecter les données sans biais et entrevoir les pistes pour prendre de bonnes décisions de gestion».

Il considère que cette expérience est vraiment capitale puisque d’un côté c'est possible d´évaluer la situation des aires protégées et de l’autre c'est un processus de renforcement des capacités des gestionnaires. Selon Léonidas, auparavant la plupart des gestionnaires des aires protégées ne connaissaient pas le cycle de gestion d’ une aire protégée et ils ont donc utilisé pour la première fois un outil informatique (offline/online) qui permet d’évaluer l’efficacité de gestion des aires protégées. A partir des analyses réalisées, ils seront désormais capables de faire un plan de gestion basé sur des fait réels.

Après la phase de collecte des données, la tache la plus importante consiste à procéder aux analyses. Selon Léonidas, c’est l´étape la plus difficile pour les gestionnaires, mais qui donne plus de valeur à leurs travail. « Après mon expérience, pas seulement au Burundi mais aussi dans d´autres pays où j’ai eu l’opportunité de participer à des exercices IMET avec le coach senior, j’ai constaté que l’analyse est encore un défi pour les gestionnaires. Mais quand vous maîtrisez comment analyser les informations, l´exercice devient vraiment intéressant et utile,  puisque c’est le moment où nous pouvons interpréter les différentes données et formuler des objectifs en vue d’améliorer la situation ».

Figure 1 - Report IMET

 

Les résultats de l’utilisation de l’outil IMET au Burundi

L´IMET a permis aux différents gestionnaires du pays de se poser des questions sur les actions nécessaires et prioritaires visant la bonne gestion des aires protégées. Ils ont maintenant des données et des informations pour élaborer leur plan d’aménagement et un plan de travail annuel.

À niveau local, Léonidas avec son équipe  a réussi à faire l’analyse des informations rendues disponibles grâce aux formulaires IMET et à l´élaborer un plan d’aménagement et de gestion de la réserve naturelle forestière de Bururi. En plus, il a utilisé les informations sur l’efficacité de gestion pour développer un projet soumis à la FAO, en partenariat avec un professeur d’université, pour renforcer l’intégrité physique des aires protégées du Burundi. Ensemble,  ils ont mobilisé des fonds (300000 USD) afin d’initier les activités de sensibilisation des communautés pour la protection de la biodiversité des aires protégées de Monge, Nkayamba, Rumonge et Vyanda.

À niveau national, les données du réseau des 14 aires protégées visitées ont abouti à la production d’un rapport national sur l’efficacité de gestion des aires protégées au Burundi, qui présente des recommandations à l’endroit de l´Office Burundais de Protection de l’Environnement, parmi lesquelles la mise en oeuvre d´une stratégie nationale de conservation, le renforcement des capacités des gestionnaires et la mobilisation des ressources financières.

Léonidas rêve de voir des changements positifs dans toutes les aires protégées du Burundi à la manière de la réserve naturelle de Bururi. Ainsi, son prochain pas sera de promouvoir l’utilisation des données et les résultats des analyses IMET pour mobiliser des fonds pour les autres 13 aires protégées du pays.

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