Skip to main content

ARTICLE

WESTERN & CENTRAL AFRICA

La Commission de l’UEMOA, en tant qu’institution d’intégration régionale en Afrique de l'Ouest, a en charge, entre autres, l’harmonisation des politiques sectorielles de ses États Membres, dans le domaine de la gestion durable des ressources naturelles et de l’environnement. A ce titre, à l’instar des principales parties prenantes du programme BIOPAMA, elle se positionne comme un partenaire privilégié dans sa mise en œuvre et bénéficiaire clé des résultats qui en découlent. Dans cet entretien, M. Chekh Tidiane Kane, chargé de la gestion des aires protégées au niveau de l'UEMOA, nous parle de la collaboration avec BIOPAMA.

D’origine sénégalaise, M. Cheikh Tidiane KANE est un Ingénieur des eaux et forêts qui capitalise plus de vingtaine-cinq années d’expérience professionnelle dans le domaine de la gestion des ressources naturelles et de l’environnement.

Cheikh KaneDepuis Octobre 2016, il est chargé de la gestion des aires protégées au niveau de la Commission de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), département de l’agriculture, des ressources en eau et de l’environnement.

A ce titre, M. Kane a comme mission, entre autres, le suivi de la mise en œuvre du Programme d’appui à la préservation de la biodiversité et les écosystèmes fragiles, à la gouvernance environnementale et au changement climatique (PAPBIO) et du Programme d’Appui à la préservation des écosystèmes forestiers (PAPFOR), financés par la Commission de l’Union européenne, dans le cadre du Programme Indicatif Régional (PIR) 11èmeFED, sous-secteur ressources naturelles.

Il est en même temps point focal du Programme Régional d’Appui à la Gestion Intégrée des Ecosystèmes Transfrontaliers de la Commission de l’UEMOA, qui est une déclinaison programmatique de la Politique Commune d’Amélioration de l’Environnement (PCAE) de l’UEMOA.

Dans cet entretien, M. Kane nous explique les principaux bénéfices apportés par le BIOPAMA à la politique de preservation conduite par les Etats de l´Afrique de l´Ouest et il nous raconte aussi quelles sont les recommandations tirées de l´atelier de lancement de la deuxième phase du programme BIOPAMA et les activités prévues pour le deuxième semestre de cette année.

Pourriez-vous nous dire quels sont le mandat et le système institutionnel de l’UEMOA?

Créée le 10 janvier 1994 à Dakar, l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) regroupe huit États qui sont : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. L’UEMOA a pour objectif essentiel l’édification en Afrique de l’Ouest d’un espace économique harmonisé et intégré, au sein duquel est assurée une totale liberté de circulation des personnes, des capitaux, des biens, des services et des facteurs de production ainsi que de la jouissance effective du droit d’exercice et d’établissement pour les professions libérales, de résidence pour les citoyens sur l’ensemble du territoire communautaire.

La mission principale assignée à l’UEMOA est le renforcement de la compétitivité des activités économiques et financières des Etats membres, dans le cadre d’un marché ouvert, concurrentiel et d’un environnement juridique rationalisé et harmonisé. Sur le plan institutionnel, l’UEMOA comporte des organes de direction et de contrôle, des organes consultatifs et des institutions spécialisées autonomes.

Parmi les organes de direction, figure la Commission de l’UEMOA qui est l’organe exécutif de l’Union et qui est structurée en départements, dont le Département de l’agriculture, des ressources en eau et de l’environnement (DAREN). Le DAREN dispose de trois directions dont la Direction de l’environnement et des ressources en eau chargée de la mise en œuvre de la Politique Commune d’Amélioration de l’Environnement (PCAE) de l’Union.

Quel est le rôle de l’UEMOA dans le programme BIOPAMA ?

La Commission de l’UEMOA, en tant qu’institution d’intégration régionale, a en charge, entre autres, l’harmonisation des politiques sectorielles de ses États membres, dans le domaine de la gestion durable des ressources naturelles et de l’environnement. A ce titre, à l’instar des principales parties prenantes du programme BIOPAMA, elle se positionne comme un partenaire privilégié dans sa mise en œuvre et bénéficiaire clé des résultats qui en découlent.

Ce rôle de la Commission de l’UEMOA dans le programme BIOPAMA contribuera à orienter, prendre des décisions et coordonner des actions y afférentes pour une meilleure préservation et valorisation durables des écosystèmes naturels, en particulier ceux abritant des ressources partagées, au regard des engagements contractuels relatifs aux Accords Multilatéraux sur l’Environnement (AME).

Il convient de noter que le rôle de la Commission de l’UEMOA est à circonscrire pour toute la région ouest-africaine, dans ce sens qu’elle est Chef de file pour le sous-secteur Ressources Naturelles pour les programmes financés par le 11ème FED, au titre de la Commission de la CEDEAO et des États membres bénéficiaires.

Vu sous cet angle, le programme BIOPAMA, qui vise à améliorer la conservation à long terme et l'utilisation durable des ressources naturelles dans les pays d'Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP), dans les aires protégées et les communautés avoisinantes, constitue une opportunité pour tous les principaux acteurs impliqués dans la gestion des processus décisionnels, pour une conservation durable de ces sites de biodiversité d’Afrique de l’Ouest.

L´Observatoire régional permet de développer les capacités des acteurs pour une meilleure prise de décision en matière de conservation et de valorisation de la biodiversité.
Qu’est que c’est l’Observatoire régional d’Afrique de l’Ouest pour la biodiversité et les aires protégées ?

A l’instar des autres mécanismes fonctionnant sur les mêmes principes, et en vigueur dans la sous-région, l’Observatoire régional pour la biodiversité et les aires protégées en Afrique de l’Ouest, tel que défini dans le programme BIOPAMA, se présente comme un système qui soutient la collecte de données, leur analyse, le suivi et la production d’informations pertinentes sur l’état des aires protégées pour permettre d’éclairer et de renforcer les processus de décision en la matière.

Cet Observatoire permet également de développer les capacités des acteurs impliqués dans ces processus pour gérer ces informations et fournir des orientations pour une meilleure prise de décision en matière de conservation et de valorisation de la biodiversité en Afrique de l’Ouest.

Comme évoqué ailleurs, l’Observatoire vise à accroitre l’accès à l’information. Il aidera également à la coordination générale des activités de renforcement des capacités, axées sur un appui aux administrations et/ou agences de gestion en charge des aires protégées, avec l’ambition de rendre disponible l’information scientifique fiable au bénéfice de la gestion de ces sites importants pour la biodiversité. A ce titre, il contribuera également au partage des informations et des meilleures pratiques de gestion au niveau régional.

Cheikh Kane

Par ailleurs, cet Observatoire doit être articulé aux systèmes d’information de référence (RIS) qui constituent une caractéristique essentielle de chaque observatoire régional. Ils rassemblent les meilleures connaissances scientifiques et les meilleures connaissances disponibles et les rendent facilement accessibles, aux niveaux régional, national et local, en appuyant les décisions politiques sur les thèmes interdépendants de la biodiversité, de la conservation et du développement.

Il s’agit de renforcer l’efficacité des cadres de gouvernance régionale des écosystèmes transfrontaliers et des mécanismes de préservation et de valorisation durable des dits écosystèmes.
Comment l’Observatoire régional d’Afrique de l’Ouest pour la biodiversité et les aires protégées contribuera à la stratégie de la Commission de l’UEMOA dans sa politique de gouvernance environnementale ?

L’Observatoire contribuera à donner corps à la vision de la Politique Commune d’Amélioration de l’Environnement (PCAE) de l’UEMOA qui consiste en la réalisation d’un espace socio-économique et géopolitique restauré dans la paix et la bonne gouvernance, fortement intégré dans un environnement sain, dont les ressources naturelles en équilibre soutiennent le développement durable des communautés de la sous-région, notamment leur affranchissement de la maladie, de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire.

Il contribuera également à l’atteinte de deux des trois objectifs assignés à cette Politique commune et qui sont : inverser les tendances lourdes de dégradation et de réduction des ressources naturelles et maintenir la biodiversité. Il en est de même pour les orientations stratégiques 2011-2020 dont un des résultats intermédiaires du premier axe qui concerne la préservation et la valorisation des ressources naturelles.

La contribution la plus significative, dans le court-moyen terme, sera l’articulation à des fins de synergie et de complémentarité au Programme Régional d’Appui à la Gestion Intégrée des Ecosystèmes Transfrontaliers (PAGIET), décliné de la PCAE. Pour information, l’objectif global du PAGIET est de contribuer à l’amélioration des pratiques de gestion intégrée des écosystèmes transfrontaliers en Afrique de l’Ouest. De manière plus spécifique, il s’agit de renforcer l’efficacité des cadres de gouvernance régionale des écosystèmes transfrontaliers et des mécanismes de préservation et de valorisation durable des dits écosystèmes.

Parmi les résultats attendus, l’amélioration de l’accessibilité des États aux systèmes d’informations sur les écosystèmes transfrontaliers, ainsi que les capacités de planification et de valorisation des ressources naturelles dans le développement des économies nationales, figurent en bonne place.

Dans le même ordre d’idées, deux actions phares du PAGIET sont à corréler avec l’Observatoire, à savoir : le renforcement de capacités techniques et scientifiques des États sur les systèmes d’informations sur les écosystèmes transfrontaliers ainsi que la mise en place d’un Observatoire régional des écosystèmes transfrontaliers en Afrique de l’Ouest.

L’Atelier régional de lancement, pour l’Afrique occidentale, de la seconde phase du Programme pour la biodiversité et la gestion des aires protégées (BIOPAMA) s’est déroulé les 24 et 25 avril 2019 à Abidjan. Quelles sont les principales recommandations issues de l’atelier ?

A l’issue des travaux du dit atelier, les participants ont formulé des recommandations suivantes :

A l’endroit du Programme BIOPAMA (UICN et CCR) :

  • finaliser le processus de désignation de l’hôte technique de l’Observatoire en Afrique Occidentale ;
  • continuer à renforcer les structures et plateformes régionales qui contribuent à la conservation de la biodiversité et à la gestion des aires protégées ;
  • définir les indicateurs communs de suivi des aires protégées et de la biodiversité en collaboration avec les Etats et institutions pertinentes ;
  • A l’endroit de la Commission de l’UEMOA :
  • faire un plaidoyer auprès des Etats membres pour faciliter le partage des données sur les aires protégées à travers l’Observatoire ;
  • assurer la mise en place d’un statut juridique de l’Observatoire ;
  • faciliter la mise en place d’un mécanisme de financement durable de l’Observatoire.

A l’endroit des Etats membres :

  • prendre en compte la mise en place de l’Observatoire dans la planification et la gestion des aires protégées nationales ;
  • renforcer l’efficacité de gestion, la formation et l’amélioration des conditions de travail des gestionnaires des aires protégées ;
  • contribuer à diffuser la disponibilité du Fonds d’action auprès des acteurs nationaux de la conservation ;
  • contribuer aux efforts pour pérenniser l’Observatoire, au-delà de la durée du Programme BIOPAMA ;
  • contribuer activement et faciliter le partage des données au sein de l’Observatoire, afin de mieux contribuer à la mise en œuvre et au suivi des politiques nationales et des politiques régionales de l’UEMOA et de la CEDEAO.

Ces recommandations sont extraites du Communiqué final qui a sanctionné les dits travaux.

Les flux d’informations ne seront fiables et viables que s’il y a un bon chaînage des acteurs. Chaque acteur doit faire de cette dynamique la sienne.
Quelles sont les activités clés prévues pour le deuxième semestre de 2019 ?

Les activités clés prévues peuvent se résumer comme suit :

  • Achever le processus de désignation de l’hôte technique de l’Observatoire en Afrique Occidentale, en vue de son opérationnalisation dans les meilleurs délais. Cette entité sera responsable pour accompagner la Commission de l’UEMOA et les autres acteurs concernés dans le processus de mise en place de l’Observatoire régional des aires protégées et de la biodiversité en Afrique de l’Ouest ;
  • Assurer la formation de nouveaux coaches sur la nouvelle version de l’outil Integrated Management Effectiveness Tool (IMET), pour densifier le noyau existant (coaches seniors) ;
  • Procéder aux campagnes de collecte de données par l’application de l’IMET dans les aires protégées de la région ;
  • Faciliter l’accès aux données/informations et aux analyses issues de la première phase du Programme BIOPAMA. Ceci permettra d’avoir une bonne situation de référence.
Avez-vous un message particulier à adresser à nos partenaires sur le terrain, tels que les responsables des aires protégées et les responsables gouvernementaux de l’environnement?

La région ouest-africaine s’est résolument engagée dans un processus de co-construction dont l’aboutissement sera la mise en place de l’Observatoire régional des aires protégées et de la biodiversité et des systèmes d’information y afférents. Il s’agit d’une dynamique mondiale et l’Afrique de l’Ouest doit y jouer pleinement sa partition au regard de sa riche biodiversité, avec l’accompagnement des organisations intergouvementales et l’appui des partenaires techniques et financiers.

L’Observatoire doit être perçu comme un outil au service des États et de la communauté internationale, dès l’instant que nous demeurons convaincus nous contribuons, chacun en ce qui le concerne, à la gestion durable de ressources partagées. A ce titre, chaque acteur, à quelque niveau qu’il se trouve, doit pleinement jouer sa partition. En effet, l’Observatoire peut être imaginé comme un phare qui diffuse des informations relatives à l’efficacité de gestion des aires protégées et de la biodiversité de notre sous-région.

Le générateur qui lui permet d’être fonctionnel a comme source d’énergie les données fiables issues des campagnes de collecte opérées par les gestionnaires d’aires protégées, validées par les administrations concernées, analysées par les instances appropriées et retour d’information pour éclairer les processus de prises de décision. Ces flux d’informations latérales, horizontales, verticales, à double sens, ne seront fiables et viables que s’il y a un bon chaînage des acteurs. Chaque acteur doit faire de cette dynamique la sienne.

TAGS: